vendredi 17 mai 2013

María Mercedes Carranza, Lila Zemborain



L’Oreille du Loup
et
la Maison de l’Amérique Latine

vous invitent
le vendredi 31 mai 2013 à 21

à une soirée poétique
pour fêter la parution des livres

Déchiré / Rasgado
de
LILA ZEMBORAIN
[ Argentine ]
et
Un Autre Chemin / Otro Camino
de
MARIA MERCEDES CARRANZA
[ Colombie ]

Avec les traductrices
 Sarah T. Reyna
et
Brigitte Le Brun Vanhove

En présence de l’éditrice Myriam Montoya
qui lira des poèmes avec Mick Gewinner 

Maison de l’Amérique Latine
217, Boulevard St Germain 75007 Paris
Métro  Solférino / Rue du Bac
 
 

María Mercedes Carranza est née en 1945 à Bogota (Colombie). Après des études de Philosophie et de Lettres à Madrid, elle devient journaliste. Elle a publié cinq livres de poèmes, Vainas y otros poemas (1972), Tengo miedo (1983), Hola soledad (1987), Maneras del desamor (1993), El canto de las moscas (1998), et un essai sur son père, le poète Eduardo Carranza. Ses poèmes, aux accents rebelles teintés d’ironie, exaltent avec fulgurance le désir, non sans humour ni désillusion. En 1986, elle a fondé à Bogota la Casa de Poesía Silva qu’elle a animée jusqu’à son suicide le 11 juillet 2003.

 
 
Lila Zemborain est née à Buenos Aires en 1955. Elle vit à New York depuis 1985. Poète et critique littiraire, elle a publié une dizaine de livres de poésie dont Ábrete sésamo debajo del agua (Buenos Aires, 1993), Usted (Buenos Aires, 1998), Pampa (New York, 2001), Guardianes del secreto (Buenos Aires 2002), Malvas orquídeas del mar (Buenos Aires, 2004), Rasgado (Buenos Aires, 2006), El rumor de los bordes (Séville, 2011).
 
María Mercedes Carranza  et Lila Zemborain sont publiées pour la première fois en français.

jeudi 7 mars 2013

Tsjêbbe Hettinga (1949 - 2013)



C'est avec une très grande tristesse que
nous apprenons la mort de notre ami
Tsjêbbe Hettinga
poète hollandais dont nous avions publié en 2008
le livre, écrit en frison, De mer et d'au-delà
 
 
 

Extrait du film de Pieter Vehoeff
sur Tsjêbbe Hettinga :
 
 
 

De mer et d’au-delà

Une lettre, une fuite, une venue sous la tôle
De notre cabane cachée dans une oliveraie,
L'après-midi sur une île dans les ondes d’un
Archipel méditerranéen : onze jours de toi,
Tiède et mûre comme tes fruits. Tes yeux chassent la
Lumière la plus noire d’un homme et tu as aux coins
De la bouche un peu de hâte hollandaise qui
Retombe comme la poussière chaude du chemin
Qui t’amena et qui repart avec le tracteur
Bleu du village marin, s’en retournant vers la mer.

Après le breuvage rouge sur l’autel de l’ombre
Verte des oliviers, près du puits sec en plein soleil
Avec vue sur ce qui nous voit, un âne, une femme,
Un troupeau de dindes parlant petit-japonais près
D’une Suzuki de deux cent cinquante cc,
Parlant des deux faces de l’île, ou riant de la place
Pour un homme et deux amies sur la vieille moto,
On suit le chemin tournant jusqu’à la baie qui chante et
Ses vagues d’un mètre et demi sans vent, sans soupir
D’une tempête éloignée, d’un hier pour toujours, la mer.

Et avec ton visage bistre, qui vague après
Vague découvre en un cri le corail blanc de tes dents
Pour l’œil calme de la côte sous son chapeau vert,
Jusqu’aux chevilles dans une mer qui rentre le ventre,
Entre deux vagues figées comme en un souvenir,
Dans une coquille brillante de verre bleu,

Le maillot blanc très moulant baissé jusque sur le
O sombre de tes hanches, les seins terriblement nus
Et les bras capitulant déjà devant la violence
De l’eau, tu te dresses, Aphrodite des Caraïbes.

À la fois apostrophée et charmée par les noms
Des bateaux ancrés au port d’été qu’Hercule Seghers
Il y a quelques siècles à jamais écoulés
Fixa dans les minces traits de sa plume – Zakinthos,
Kilini, Kastor/Pollux, Stardust, Aspropirgos

Sous le soleil de septembre et dans une bise qui
Veut à coup sûr s’enfuir avec ta longue robe
Blanche comme trophée de tes formes, en talons hauts
Tu te tiens les mains sur les hanches, sur le barrage
Anti-tempête et tu défies les filets des pêcheurs.

Le soir, quand la pénombre suit brebis et berger
Montant par les vieilles oliveraies du repentir,
Quand la cabane en tôle devient plus chaude que
Le puits de pierre près des chaises silencieuses, quand
Les brigands de la libido ont déjà l’œil sur
La prison de la nuit, nue jusqu’à ta pudeur, tu prends
Un serpent noir et entres en lutte avec de l’eau
(Verre noir qui rend plus noir encore ton corps noir), et
Avec nous, quand l’eau froide nous dessale la peau
Transie et que dans son jet le plaisir explose en pluie.
L’obscurité voûtée, qui sent le bois et la mer,
(Aidée par les chiens qui grognent contre leurs chaînes) ferme
Les cours, relâche les rats et libère la lune
De la cale d’un navire coulé, en écoutant

Sur le bord du puits murmurant la conversation
Inintelligible de deux copines qui s’habillent,
Souvent étouffée par des rires qui disent tout,
Venant de la cabane, et tout en pensant à la mer
Et au bois, sent tout à coup l’odeur de chevelures
Et de fleurs étranges dans cette obscurité muette.

Sous la pergola avec sa salamandre et ses
Grappes de raisin mûr, qui font revivre des images
D’ancien testament, à la lueur fantomatique
Des bougies sur le vieux mur marqué par la signature
Homérique de Kyrios Seismos, tu t’égares,
Dans ta robe de bal blanche toute fraîche, loin de
Cette île, ta bouche charnue se languit de tes
Caraïbes, avec tes mains qui s’agitent, décrivent
Leur histoire, ton berceau, et le feu dans tes yeux
Attira jadis un navire de terre inconnue.

Et plus tard, dans l’ivresse boursouflée de la fête
Pauvrement éclairée des bœufs, béliers, boucs de fermiers,
Égorgeurs de chèvres et moutons descendus des
Collines impudiques au village, tu t’envoles
Dans les bras espagnols d’un capitaine échoué
(Échappé au nid de vipères chilien, l’autre jour
Il les a tous épatés, fier de ses deux vipères
Au bout d’une ficelle), plume dans la nuit, pour faire
– O étoiles – naufrage d’amour, échouer telle
Une lettre dans sa bouteille sur ton Curaçao :

O Mère, ce silence de mort, comme entourée
Par une eau de verre et des poissons muets, o, leur gueule
Grande ouverte au large de la côte endormie de
Koraalspecht, silencieux comme le kriki et la nuit
Grosse de lui et du jour fouilleur, qui me recueille,
Très tôt le matin, près du Fort Nassau, où le vent tombe
Du ciel pour chercher ton abri à Santa Rosa,
Silencieux comme ces lettres que tu lis, au jardin
Le tango doré transparent des mangues avec
L’alizé altier d’outre-mer et d’au-delà encore.

Tout seul, comme le farouche iguane perché sur
Le sintebibu dans le soleil de l’après-midi
(Qui rêve journellement le jour rapide en deux),
Parmi les grands cactus, mon cœur. Mais je chante, swingue
À travers la nuit, la voix et les tripes d’un port
À l’haleine de poisson et de mer, la langueur bleue
Des hommes, la légende d’une main de marin
Blanche sur mon épaule noire, souple mais solide
Comme le watapana, de l’attente émue de
Mon être comme une vierge sous le tamarinier.

Et bruissant dans le ressac des îles (Le bouchon
Maintient-il toujours l’esprit dans la bouteille ?), mon sang
Insensiblement interrompt mes pensées, m’amène
À la mer, mais ne sait plus d’où proviennent les cris (des
Enfants sur la plage, d’oiseaux de mer ou dauphins
Dans la baie) – puis dans le sable de mes rêves mes onze
Bambins se balancent en rythme tout en chantant :
“Ken’ ken’ nos ke tuma ke tuma ke tuma, ken’, ken’...

En cercle au crépuscule sous un arbre près d’un
Puits dans un nuage au-dessus d’un navire en bouteille.


Traduction de Kim Andriga
 

 
 
 
 
 

lundi 24 décembre 2012

Lêdo Ivo, poète brésilien


Nous venons d'apprendre avec tristesse
la mort de Lêdo Ivo
 
En juin 2012, L'Oreille du Loup a publié
le premier livre en français de Lêdo Ivo
Requiem / Réquiem
dans la traduction de Philippe Chéron

En hommage au grand poète brésilien,
un extrait de Requiem

 
 


Lêdo Ivo est né le 18 février 1924 à Maceió, port sur la côte atlantique et capitale de l’État de l’Alagoas, au Brésil.
En 1943 il s’installe à Rio de Janeiro où il collabore à des revues littéraires et travaille comme journaliste dans la presse de Rio.
Auteur de plusieurs romans, essais et recueils de nouvelles, il a publié plus d’une trentaine de livres de poésie depuis 1944.
Considéré par la critique comme la figure la plus représentative de la Génération de 45, Lêdo Ivo est aussi un des poètes contemporains les plus populaires au Brésil.
Requiem, écrit après la mort de sa femme, a obtenu le prestigieux prix Casa de las Americas en 2009.
Les 1100 pages des œuvres poétiques complètes de Lêdo Ivo sont parues au Brésil aux éditions Braskem.
 



Extrait:

 
J’ai toujours aimé le jour naissant. La proue du navire,
la clarté qui avance au milieu des ombres éparpillées,
le vaste murmure de la vie dans les gares.

Un bûcher de mots fait irruption dans la place.
Un obscur train lacustre traverse la ville.
Le jour déverse les syllabes du monde dans les avenues.

J’ai toujours aimé le tonnerre qui lacère l’après-midi,
la rouille et la pluie, les amours qui s’achèvent,
la fumée qui monte des pneus crevés.

Les jours stupides passent comme les ponts.
Les statues volent comme les oiseaux.
Les portes les mieux fermées s’ouvrent comme des lèvres.

J’ai toujours aimé ce qui passe : les taxis pleins,
les trains sifflant, les nuages déchirés
et les feuilles entraînées par le vent.

La grêle fustige les pyramides de la mort.
La porte du bordel claque dans la chaleur.
Un couchant jaune baigne l’arsenal.

J’ai toujours aimé la ferraille, les formes détruites
et devenues puanteur marine avec le temps.
J’ai toujours aimé le charançon caché dans le silo.

La rumeur du torrent éclaire la nuit
et déploie entre les pierres les beaux étendards
d’un rêve qui accompagne un soleil démantelé.

Et j’ai toujours aimé l’amour, qui est comme les artichauts,
quelque chose que l’on effeuille, qui dissimule
un cœur vert impossible à effeuiller.

Dans l’arsenal de San Miguel de los Campos
la mer rend à la mer le butin réclamé
des vertèbres perdues des navires.

J’ai toujours aimé le tonnerre qui réveille les dormeurs,
ma porte grande ouverte à la tempête,
le jour perdant ses écailles comme un poisson.

J’ai toujours aimé le brouillard cachant les paysages,
les mannequins, les épouvantails, les miroirs brisés.
J’ai toujours aimé la rouille, l’érosion et la ferraille.

Les conteneurs sont déposés dans la cale des navires comme
    des corbeilles de fleurs.
La ligne séparant la terre de la mer fulgure comme la foudre.
Dans l’immense balcon du monde règnent les conflits et le
    commerce.


J’ai toujours aimé les piliers qui supportent les ponts,
les bateaux en partance, les phares et les grues.
J’ai toujours aimé l’Océan et les signaux des sémaphores.

Là où vivent les morts je vivrai un jour,
en ce lieu inexistant que les déités temporaires
ont réservé aux cendres qui ne sont rien ni personne.

Et j’ai toujours aimé la neige tombant sur les platanes
qui bordent la Seine, tandis que les péniches
passent lentement sous les ponts.

Le fourmillement clair des eaux claires
éclate dans le matin sous l’illustre
ciel bleu soutenu par les oiseaux.

J’ai toujours aimé les miroirs des salons de coiffure,
les marchands de fleurs, les kiosques à journaux,
les légumes dans les gondoles des supermarchés.

Le jour est une pièce de monnaie rouillée par les chimères.
Et les ponts tressaillent au passage des bus poussiéreux
qui s’acquittent des migrations de la misère et de la mort.

J’ai toujours aimé écouter les rumeurs du monde :
le bourdonnement doré de l’abeille dans le fumier,
le jour trépidant et le vent vagabond.

La sirène du bateau retentit. C’est l’heure de partir.
Toute porte fermée est un port que doit ouvrir
le vent triomphant qui déchire l’océan.

J’ai toujours aimé la lumière du soleil estropié
qui niche dans les palétuviers, la lumière fluviale du jour
sur les dunes qui la nuit marchent à l’horizon.

Qui possède la clé des songes ouvre n’importe quelle porte.
Qui navigue en dormant finit par arriver à bon port
et voit dans les navires l’abolition de la mort.

Et j’ai toujours entendu la voix qui m’appelle dans l’obscurité,
la voix de l’autre rive, provenant des autres mondes
qui se défont dans l’air, léchés par la brume.

J’ai toujours aimé cette voix qui n’est aucune voix,
un murmure du néant, la cendre frissonnante,
le sable qui crisse sur la plage interminable.

Le feuillage de la nuit me couvre quand je dors,
linceul d’un soleil pur qui cherche toujours les ténèbres,

murmure d’une fontaine, pierre blanche d’un mur.
J’ai toujours aimé le temps et l’intempérie,
les termites qui prolifèrent dans la nudité de la matière,
dans les pâles colonies de la nuit dévastée.

Dans le malheur, la chance a voulu
que toujours je me retrouve, même en plein naufrage
qui est toujours l’œuvre du vent.

J’ai toujours aimé ce qui vit dans l’eau noire des mangroves.
J’ai toujours aimé ce qui naît. J’ai toujours aimé ce qui meurt
quand la nuit s’abat sur les maisons des hommes.
 


Sempre amei o dia que nasce. A proa do navio,
a claridade que avança entre as sombras esparsas,
o longo murmúrio da vida nas estações ferroviárias.

Uma fogueira de palavras irrompe na praça.
Um negro trem lacustre atravessa a cidade.
O dia derrama as sílabas do mundo nas calçadas.

Sempre amei o trovão que dilacera a tarde,
a ferrugem e a chuva, os amores que acabam
e a fumaça que sobe dos pneus esfolados.

Os dias idiotas passam como as pontes.
As estátuas voam como pássaros.
As portas mais fechadas se abrem como lábios.

Sempre amei o que passa: os táxis lotados,
os apitos dos trens, as nuvens desgarradas
e as folhas arrastadas pelo vento.

O granizo fustiga as pirâmides da morte.
A porta do bordel estala no mormaço.
Um poente amarelo rodeia o estaleiro.

Sempre amei a sucata, a forma destruída
pelo tempo tornado maresia.
Sempre amei o gorgulho escondido no silo.

O rumor da torrente faz a noite mais clara
e desfralda entre as pedras os belos estandartes
de um sonho que acompanha um sol desmantelado.

E sempre amei o amor, que é como as alcachofras,
algo que se desfolha, algo que esconde
um verde coração indesfolhável.

No estaleiro de São Miguel dos Campos
o mar devolve ao mar o espólio reclamado
das vértebras perdidas dos navios.

Sempre amei o trovão que desperta os que dormem,
a porta de minha casa aberta à trovoada,
o dia que perde as escamas como um peixe.

Sempre amei o nevoeiro que esconde as paisagens,
manequins, espantalhos, espelhos quebrados.
Sempre amei a ferrugem, a erosão e a sucata.

Os contêineres são depositados no porão dos navios como
   cestos de flores.
A linha que separa a terra do mar fulgura como um raio.
No imenso balcão do mundo há dissídio e comércio.

Sempre amei os pilares que sustentam as pontes,
os navios que partem, os faróis e os guindastes.
Sempre amei o Oceano e os sinais semafóricos.

Onde vivem os mortos viverei algum dia,
nesse lugar nenhum que os deuses temporários
reservaram a cinzas que são nada e ninguém.

E sempre amei a neve que cai entre os plátanos
que bordejam o Sena, enquanto os barcos
passam lentos e brancos sob as pontes.

O claro formigueiro de águas claras
rebenta na manhã sob o preclaro
céu azul sustentado pelos pássaros.

Sempre amei os espelhos das barbearias,
as barracas de flores, as bancas de jornais,
os legumes nas gôndolas dos supermercados.

O dia é uma moeda oxidada pelas quimeras.
E as pontes estremecem à passagem dos ônibus empoeirados
que efetuam as migrações da miséria e da morte.

Sempre amei escutar os rumores do mundo:
o zumbido dourado da abelha no esterco,
o dia estrepitoso e o vento vagabundo.

Os navios apitam. É hora de partir.
Toda porta fechada é um porto a ser aberto
pelo vento triunfante que dilacera o oceano.

Sempre amei a luz do sol estropiado
que se aninha nos mangues, a luz fluvial do dia
sobre as dunas que à noite caminham no horizonte.

Quem tem a chave dos sonhos abre qualquer porta.
Quem navega dormindo chega a qualquer píer
e nos navios vê a abolição da morte.

E sempre ouvi a voz que me chama no escuro,
a voz do outro lado, vinda dos outros mundos
que se desfazem no ar, lambidos pela bruma.

Sempre amei esta voz que é uma voz nenhuma,
um sussurro do nada, a cinza estremecida,
uma areia que range na praia infindável.

A folhagem da noite me cobre quando durmo,
mortalha de um sol puro que sempre busca a treva,
murmúrio de uma fonte, pedra branca de um muro.

E sempre amei o tempo e a intempérie,
o cupim que prolifera na nudez da matéria,
nas pálidas colônias da noite depredada.

Quis a fortuna que, no perdimento,
eu sempre me encontrasse, mesmo estando
no naufrágio que é sempre obra do vento.

Sempre amei o que vive na água negra dos mangues.
Sempre amei o que nasce. Sempre amei o que morre
quando a noite desaba sobre as casas dos homens.


vendredi 30 novembre 2012

Tatiana Oroño


 
 
L’Oreille du Loup
vous invite

lundi 3 décembre 2012 à 19

à une soirée poétique

pour la parution du livre
 

Ce qu’il faut dire a des fissures
/
Lo que hay que decir tiene grietas


 
de
TATIANA OROÑO
[Uruguay]

en compagnie de

Madeleine Stratford
et
Myriam Montoya

 

Maison de l’Amérique Latine

217, Boulevard St Germain 75007 Paris

Métro  Solférino / Rue du bac

 

Tatiana Oroño est née en 1947 à San José (Uruguay) Auteur d’une dizaine de livres de poésie, dont La piedra nada sabe et Morada móvil, elle a également écrit plusieurs catalogues d’artiste.
Elle est l’une des voix les plus originales et marquantes de la poésie uruguayenne actuelle.

 

vendredi 28 septembre 2012

Leopoldo María Panero

 
 
 
L'Oreille du Loup publie l'anthologie
Territoire de la peur / Territorio del miedo
[ Traduction Stéphane Chaumet ]
 


Leopoldo María Panero est né en 1948 à Madrid. Fils ‎d’un célèbre poète proche de Franco, Panero s’engage à ‎‎16 ans dans le parti communiste clandestin, ce qui lui ‎vaut un premier séjour en prison. L’alcool et la drogue ‎prennent une place importante dans sa vie et son œuvre. ‎Dans les années 80, après plusieurs dépressions et ‎tentatives de suicide, il est volontairement interné à ‎Mondragón, puis il choisit de s’établir dans l’unité ‎psychiatrique de Las Palmas de Gran Canaria, où il vit ‎aujourd’hui et continue à écrire. Auteur d’une trentaine ‎de livres, véritable mythe de la littérature espagnole, il est ‎considéré comme le plus important mais aussi le plus ‎controversé poète de sa génération.‎
 
 


Je suis un nid de cendre
où viennent les oiseaux
pour chercher la manne de l’ombre
la flèche clouée dans le poème
le baiser de l’insecte.



Forough Farrokhzad


L'Oreille du Loup publie en trois langues l'anthologie
Seule la voix demeure / Sólo la voz permanece ‎/
تنها صداست که می ماند
En coédition avec la Universidad Autónoma de Sinaloa




Forough Farrokhzad est née en 1935 à Téhéran (Iran) et morte en 1967 dans un accident de voiture. Ses trois premiers livres, d’une facture classique – La Captive (1955), Le Mur (1956), La Rébellion (1958) – choquent par la liberté de ton d’une jeune fille qui refuse d’être emmurée et veut « être le cri de sa propre existence. » C’est avec Une autre naissance (1964) et Ayons foi en l’approche de la saison froide (posthume) qu’elle bouleverse la tradition poétique iranienne et s’imposera comme une des voix les plus neuves et profondes du 20ème siècle. Après un divorce et la privation de son unique enfant, elle voyage en Europe puis réalise un documentaire d’une grande intensité poétique sur la léproserie de Tabriz, La maison est noire (1962).







 
C’est moi
Une femme seule
Au seuil d’une saison froide
Au moment de comprendre
L’existence souillée de la terre
La déception simple et triste du ciel
L’impuissance de ces mains cimentées
Le temps a passé
Le temps a passé
Et l’horloge a sonné quatre coups
Quatre coups
Aujourd’hui c’est le solstice d’hiver
Je connais le secret des saisons
Et comprends la langue des instants
Le sauveur somnole dans sa tombe
Et la terre, la terre accueillante
Est une allusion à la quiétude
(...)

Version française de Stéphane Chaumet avec la collaboration de Jaleh Chegeni

Version espagnole de Myriam Montoya avec la collaboration de Jaleh Chegeni
194 pages, 10 euros



mardi 25 septembre 2012

Víctor Rodríguez Núñez



Le 25 septembre 2012 à 20h00
Rencontre avec le poète cubain
Víctor Rodríguez Núñez
pour son livre traduit et présenté
par Jean Portante

Une étrange odeur de monde/Con raro olor a mundo
aux éditions L'Oreille du Loup

à la Maison de la Poésie
Passage Molière - 157, rue Saint-Martin Paris 3
 
 

 
 
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Art poétique ?

                            
Pour María Santucho y Víctor Casaus

J’ai récupéré des yeux myopes
                                           un nez bissextile
des lèvres que je ne peux pas joindre
des cheveux de chameau
plus un corps d’athlète à la retraite

Et aussi le mauvais caractère de mon père
la douleur dans le flanc de ma mère
le grain de beauté suspect de ma grand-mère
la colique néphrétique de tout le monde
et même les fièvres constantes de mon fils

Des raisons qui m’obligent
à avoir une mauvaise opinion de la beauté


 
¿Arte poética?

                           
Para María Santucho y Víctor Casaus

Saqué unos ojos miopes
                                        una nariz bisiesta
unos labios que no puedo juntar
un pelo de camello
más un cuerpo de atleta retirado

También el mal genio de mi padre
el dolor en el lado de mi madre
el lunar sospechoso de mi abuela
el cólico nefrítico de todos
y hasta las fiebres constantes de mi hijo

Razones que me obligan
a tener mala opinión de la belleza